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AU QUÉBEC
Adapté du livre L'histoire du monde radioamateur au Québec
avec la permission de l'auteur Jean-Guy Renaud, VE2AIK
Au Québec, tous les nombreux développements de cette nouvelle science étaient suivis, bien entendu, pas nos compatriotes. C'est ainsi qu'en 1912 avait débuté en Mauricie un réseau expérimental de TSF dont les principaux instigateurs avaient été Georges Désilets de Nicolet, le docteur Honorius Ricard de Grand-Mère et le frère Germain Ouellet de Trois-Rivières. En 1913 et 1914, le gouvernement fédéral avait accordé 47 licences expérimentales de TSF à travers le Canada, dont 18 au Québec. Ces licences avaient été émises à des institutions scolaires à Nicolet, Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe, Verdun et à l'École polytechnique de Montréal. Il n'y avait, au Québec en 1911 et 1912 que trois radioamateurs licenciés. Il s'agissait de A. Saint-Aubin, dont l'indicatif était XAC, W.D. Fowler, XAM et J.G. Teel, XAP. Ce fut, sans aucun doute, la naissance non officielle du service expérimental radioamateur canadien.
Ce n'est toutefois qu'en 1927 lors d'une conférence de l'Union Internationale des Télécommunications tenue à Washington que fut officiellement et internationalement reconnu le passe-temps de la radioamateur comme tel. Le premier radioamateur au Canada à recevoir une licence vers 1927 pour le service expérimental amateur canadien fut David Lloyd, 3AW.
Encore aujourd'hui, la radioamateur fonctionne selon le mandat général obtenu lors de cette conférence, soit :
« Une activité autodidacte de communications et de recherches techniques menées par des amateurs, c'est à dire par des personnes dûment autorisées et intéressées par la technique de la radio, uniquement dans un but personnel et non lucratif.
L'interprétation et l'exécution de ce mandat international, incluant la détermination des critères pour l'émission des licences aux radioamateurs et la définition des conditions sous lesquelles on leur permettra d'administrer leurs postes, sont laissées à la discrétion des administrations gouvernementales de chacun des pays. »
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Pour l'année 1913, on comptait aux États-Unis 1300 radioamateurs reconnus alors qu'au Québec, il y en avait 16. Parler de reconnaissance est évidemment un bien grand mot. Ces licences étaient émises par les autorités à des fins expérimentales dans le seul but d'exercer un certain contrôle, car, comme on l'a vu plus haut, ce n'est qu'en 1927 que la radioamateur put enfin conquérir ses lettres de noblesse par une reconnaissance officielle des gouvernements. Durant la première guerre mondiale, entre 1914 et jusqu'au 1er mai 1919, toutes les stations expérimentales amateurs furent interdites d'opération. Seules, quelques stations expérimentales furent autorisées, mais à des fins militaires. Il y avait au début de la guerre près de 3000 stations expérimentales de par le monde, mais plusieurs pays n'avaient pas encore mis en place des législations spécifiques pour encadrer un tel service. Ce n'est qu'en juillet 1921 que la première licence de radio expérimentale fut attribuée en France alors qu'en 1922, le nombre de stations au Québec était passé à 17.
En 1923, la radiodiffusion commençait à présenter des développements intéressants pour un grand nombre d'amateurs aux écoutes. En ces années d'effervescence où les inventions de toutes sortes se succédaient à une vitesse folle, devenait amateur celui qui manifestait un tant soit peu d'intérêt pour une science ou une nouvelle invention. Aucune licence n'était requise. Un amateur n'avait même pas besoin de posséder un émetteur pour être affublé du nom d'amateur. Il lui suffisait de construire lui-même son poste récepteur, d'écouter les émissions de ceux qui avaient construit leurs émetteurs et la grande fraternité était née. Nos pionniers de la première heure n'avaient même pas eu besoin d'attendre que les Américains leur indiquent le chemin. La preuve, le premier club de radioamateurs en Amérique fut fondé au Québec, à Trois-Rivières!
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| Répétition du « Mystère de la nativité » dans un studio de la CBC |
À partir de 1923, les lampes détectrices et amplificatrices étaient devenues disponibles dans le commerce et plusieurs enthousiastes de la musique se construisaient des récepteurs. Les écouteurs Baldwin sur les oreilles ou devant un haut-parleur à cornet, on réunissait la famille et les amis pour leur faire entendre des programmes musicaux, du chant, des conférences, des événements sportifs, des nouvelles fraîches. Ces émissions étaient transmises au Québec par CKAC ou CFCF de Montréal, ou encore par KDKA de Pittsburg aux États-Unis. Mais même avant cette époque, plusieurs amateurs opéraient déjà des postes privés de transmission téléphonique ou télégraphique. C'est alors qu'un fils de la Mauricie, Arthur Kemp, songea à jeter les fondements d'une organisation, d'un club de radio, afin de regrouper dans des rencontres d'études et d'entraide ceux qui s'intéressaient à cette science alors en pleine progression.
Le 15 octobre 1923, à la résidence d'Arthur Kemp à Trois-Rivières, on établissait solidement ce club sous le nom d'Association de Radio des Trois-Rivières/The Three Rivers Radio Association. Il semble que seul, Arthur Kemp et quelques autres membres fondateurs possédaient alors un indicatif d'appel.
En 1926, ce fut au tour de Québec de fonder son club de radio. Alexandre Larivière, VE2AB, ingénieur de profession et l'un des fondateurs du Club Automobile du Québec, fondait avec un groupe d'employés civils, le Radio Club de/of Québec Inc. Tout juste une semaine avant l'entrée en ondes du poste de radio CHRC. Le club changera de nom le 18 décembre 1978 pour Club Radio Amateur de Québec Inc. (CRAQ).
En 1932, on assiste à la fondation du MARC, le Montreal Amateur Radio Club. Il semble que ce club, bien qu'un peu plus jeune que le club de Trois-Rivières, ait été l'un des rares clubs de radioamateurs en opération sans interruption depuis sa fondation. Il était issu de la fusion de plusieurs petits groupes d'enthousiastes de la radio de langue anglaise de la région de Montréal, dont le Westmount Radio Club et le South Shore Radio Club.
En 1936, à Montréal, un Congrès Radioamateur a été tenu à l'hôtel Mont-Royal. Le champion mondial de télégraphie, Ted McElroy, avait à cette occasion donné une démonstration de son savoir-faire. La vitesse atteinte avait été de 69 mots à la minute.
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| Jean-Louis Huard, VE2IG |
En l'année 1938, on ne parlait pas de station-relais (répéteur) au Québec. Mais un amateur de Drummondville avait mis au point un ingénieux système de retransmission sur les bandes HF. Jean-Louis Huard, VE2IG, employé de Thibault Électrique à Drummondville, n'avait pas mis de temps en effet à constater que le générateur de signal de marque Hickok qu'il possédait pouvait être utilisé pour transmettre des signaux sur toutes les fréquences. Il mit donc au point un ingénieux système pour se servir à distance de sa station amateur à partir de son lieu de travail, situé quelques rues plus loin. Il utilisait le générateur de signal pour émettre un signal sur la bande de 160 mètres, signal qui ouvrait son émetteur sur la bande de 75 mètres. Il était alors en mesure d'effectuer quelques contacts sur cette dernière bande. Les communications étaient presque toutes à fréquences fixes à l'aide de cristaux à cette époque et Jean-Louis fit de nombreux contacts radio de cette manière. C'était un répéteur avant son temps.
Le 5 septembre 1939, les activités des radioamateurs avaient été suspendues par les autorités fédérales à cause de l'état de guerre qui venait d'être déclaré entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne et, plus tard, le Japon. Après la victoire définitive des forces alliées le 14 août 1945, les opérations radioamateurs avaient pu reprendre dès le 15 novembre de cette même année. Il va sans dire que le monde de la radioamateur était en effervescence et ce retour sur les ondes, attendu depuis si longtemps ,fût plutôt bien accueilli.
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Station amateur typique des années 1950 faite par VE2AOW.
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En 1950, les amateurs de la région du Saguenay engagèrent le pas derrière Trois-Rivières, Québec et Montréal en fondant l'Association des Amateurs de Radio du Saguenay/Lac Saint-Jean Inc. (RASL). À l'époque, Chibougamau-Chapais faisait partie de cette grande région.
En 1951, la Radio Amateurs du/of Québec Inc. (RAQI) voit le jour à Cap-Santé, près de Québec. Cette association regroupe les radioamateurs et les clubs de radioamateurs de toutes les régions de la province et a pour but de prendre la défense de ce passe-temps contre les assauts de l'industrie et des gouvernements. En 1964, RAQI comptait déjà dans ses rangs plus de 735 membres.
Depuis les débuts, de nombreux comités se sont succédés à RAQI; certains ont eu une vie plutôt éphémère alors que d'autres sont toujours bien vivants et efficaces : l'information, le journal et publicité, handicapés, VHF, communications, plaques et bottin, restructuration, élection, finance, recrutement, etc., sont de ceux-là.
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| Spoutnik 1 |
En 1957, l'ère spatiale s'ouvre lorsque le premier satellite artificiel Spoutnik 1 s'élance vers l'espace. Spoutnik 1 émet sur une fréquence voisine de 20 MHz, dans la gamme HF très proche de celle utilisée par le réseau des émetteurs de signaux horaires WWV. De ce fait, bon nombre d'auditeurs sur radio ondes courtes pouvaient capter son signal reçu avec force. Parmi ces auditeurs, plusieurs étaient radioamateurs et constituaient ainsi une excellente source d'observation. L'idée était séduisante à tel point qu'en 1960, des radioamateurs californiens se regroupèrent pour fonder une association qui porterait le nom de OSCAR (Orbiting Satellite Carrying Amateur Radio) dont le but était de construire et de mettre sur orbite des satellites destinés aux radioamateurs. Et peu après, en 1969, dans la région de Washington DC, était créée la corporation des satellites de radioamateurs toujours existante et connue sous le nom de AMSAT. La communication par satellites radioamateurs ouvrait alors l'une des avenues les plus prometteuses pour expérimenter de nouveaux modes de transmission des ondes radio.
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| Cardinal Paul-Émile Léger, TJ1BC, à son centre pour enfants handicapés |
En 1970, un illustre personnage québécois a fait irruption dans le merveilleux monde de la radioamateur. Le cardinal Paul-Émile Léger, ayant démissionné de sa charge d'Archevêque de Montréal, s'était exilé au Cameroun, en Afrique. À cet endroit, il fit connaissance avec la radioamateur et les nombreux et importants services que ce passe-temps pouvait rendre aux missionnaires. En 1972, le cardinal commençait la construction de son centre pour enfants handicapés et il y avait beaucoup de va et vient, beaucoup de besoins. La radioamateur était le plus souvent le seul moyen pour lui de transmettre ses consignes ou d'acheminer ses demandes au pays. Chez lui au Cameroun, ces contacts avec le pays étaient aussi un réconfort comme pour tous les autres missionnaires dispersés aux quatre coins du monde.
Il est à noter qu'en 1978, le ministère des Communications du Canada émettait un nouveau certificat de radioamateur : le certificat numérique de radioamateur. Ce certificat avait entre autres caractéristiques celle de ne pas exiger pour son obtention la connaissance du code Morse. Il requérait toutefois de son titulaire la connaissance du monde passionnant des communications informatiques.
Depuis les débuts de la radio amateur au Québec, l'une des grandes réalisations collectives des radioamateurs québécois fut l'implantation et la mise en fonction du réseau THF dans la province. Le réseau THF du Québec, VE2RTQ, est un impressionnant réseau de communication qui, au moment de sa création, constituait à notre connaissance une première mondiale. Plus d'une centaine de radioamateurs ont participé à la mise en place de ce réseau en 1981. L'instigateur de ce projet fut Jacques Roussin, VE2AZA. Par la simple pression de deux codes sur un clavier portatif, soit la place d'origine et la région qu'il veut atteindre, un radioamateur communiquera n'importe où au Québec, sans fil, sans voie téléphonique, par la magie des ondes THF (Très Hautes Fréquences, appellation française de VHF) et des ondes UHF (Ultra Hautes Fréquences).
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| Bob Bruninga, WB4APR |
L'arrivée de l'Internet dans le monde de la radioamateur sonna plus ou moins le déclin des communications par paquet, forcément beaucoup plus lentes à cause des restrictions techniques inhérentes aux bandes de fréquences utilisées. C'est alors qu'en 1992, le génie radioamateur fit une fois de plus surface pour inventer et mettre en place un autre mode de communication numérique, l'APRS, abréviation pour Amateur Radio Positionning System. Le système APRS inventé par Bob Bruninga, WB4APR, est ce mode de transmission numérique qui permet à un amateur, en relation avec les satellites GPS, de transmettre sa position exacte en tout temps, qu'il soit dans son auto ou à son domicile, grâce à des interfaces peu coûteux et relativement faciles à installer reliant entre eux un émetteur-récepteur sur la bande du deux mètres (144-148 MHz) et un récepteur GPS.
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